Article par Guillaume Houle
Hors du fouillis des canaux numériques, point de salut pour la diffusion du cinéma en région? Subsiste-t-il des écrans pour célébrer ensemble la culture cinématographique d’ici et d’ailleurs en Estrie? C’est au tournant des années 2010 que les cinémas québécois ont définitivement abandonnée la projection sur pellicule. Quelques années à peine après la disparition du VHS et le début du déclin des clubs vidéos (amorcée par la montée fulgurante de Netflix et de ses émules).
En dépit de tous ces changements, oui, les écrans dits « collectifs » – où les rassemblements d’êtres humains qui poussent des « oh » et des « ah » – sont encore présents en région. Par le présent article, je vous propose un premier survol sur les écrans disponibles (à bonifier si vous connaissez d’autres carrefours du 7e art à partager).
Les salles de cinéma centrales
À vol d’oiseau, les principales salles de cinéma suivent la courbe naturelle de la région; de Granby jusqu’à Lac-Mégantic, en passant par Magog et Sherbrooke. Regroupant entre 6 et 16 salles, le Cinéma Élysée de Granby, le Cinéma Galaxy et la Maison du cinéma de Sherbrooke représentent ensemble l’épine dorsale de la diffusion cinématographique sur une base continue en Estrie. Ces lieux de projection sont aussi appuyés par les salles plus modestes du Cinéma Magog et Cinéma Mégantic. En raison de leur positionnement géographique, ces cinq diffuseurs sont à la portée de la majorité des Estrien(ne)s : pour un déplacement de 30 minutes ou moins. S’ajoute à cela, durant la saison estivale, l’un des rares ciné-parcs encore existants; le Ciné-Parc Orford qui diffuse deux films sur deux écrans à la tombée de la nuit.
Les salles de cinéma et ciné-clubs en périphérie
Bien que l’Estrie se classe au douzième rang en termes de superficie par rapport aux autres régions du Québec, la région reste assez grande pour que ses habitants résident à plus de 30 minutes des villes centrales. Citons, par exemple, des municipalités telles que Chartierville, Potton, Bury, La Patrie, Maricourt ou Valcourt, ainsi que des MRC telles que des Sources et Brome-Missisquoi, qui ont une offre cinématographique encore limitée.
Sur une base très récente, quelques initiatives ont vu le jour pour rapprocher la culture cinématographique des citoyens habitant en périphérie. À l’est du lac Memphrémagog, le Cinéma Haskell de Stanstead, un projet de Danny Lennon (Prends ça court), et le Cinéma Coaticook de Jacques Foisy sont de nouvelles offres intéressantes pour les cinéphiles.
De l’autre côté du lac, le Rucher Boltonnois, le Ciné-grange de Potton, le Ciné-club du Théâtre Lac-Brome et les Nocturnes de l’École d’art de Sutton rapprochent l’offre des habitants des MRC plus à l’ouest.
Plus au nord, des initiatives des municipalités ou des regroupements de citoyens offrent une programmation occasionnelle, soit le Ciné-Parc de Val-des-Sources et le Ciné-Club Valcourt.
De son côté, le Cinéma Plein-Art d’East Angus offre une des rares occasions de se rassembler autour du cinéma sur le territoire de la MRC du Haut-Saint-François. Enfin, à Sherbrooke même, la ville offre des activités de cinéma familial dans certains de ses parcs.
Festivals de films
Bien que les paysages de la région eussent apparu dans plusieurs productions québécoises et étrangères, l’Estrie peine encore à s’inscrire sur la liste des incontournables, en termes de festival de cinéma. En effet, les trois festivals en exercice à l’heure actuelle, soit le Festival du cinéma du monde de Sherbrooke (FCMS), le Festival du Film de Knowlton et le Festival de film créature de Memphrémagog sont nés il y a moins de 15 ans. Soit beaucoup moins longtemps que les festivals de l’Abitibi-Témiscamingue, du Saguenay, de Montréal et de Québec, voire même de la Gaspésie.
La Course des régions, née dans le Haut-Saint-François (inspirée de la Course Destination Monde), est la survivante d’une autre époque où les Kino Sherbrooke, Festival du court métrage de Sherbrooke, Terrascope, Ciné-club du Théâtre Granada et autres manifestations animaient Sherbrooke. Les passionnés d’histoire qui voudrait remonter au siècle précédent pourront consulter en bibliothèque le livre Sherbrooke, ville de cinéma-s, 1896-2002 d’Antoine Sirois et Serge Malouin.
Au-delà de leur courte existence, les festivals actifs en Estrie amènent sur nos écrans des films rarement vus en région. C’est entre autres le cas avec le Festival du cinéma du monde de Sherbrooke, mais aussi de son activité Ciné-Moi, qui a lieu toute l’année durant.
Le cinéma réalisé et produit en Estrie... est-il vu?
À vue de nez, à vol d’oiseau, au pif – choisissez l’expression qui vous convient – ce ne sont pas les écrans qui manquent. Alors que le cinéma québécois (souvent produit à Montréal par des cinéastes basés à Montréal) plafonne avec près de 10 % des parts de marchés, quelle place reste-t-il pour le cinéma réalisé et produit en Estrie?
C’est le principal enjeu sur lequel la commission Arts médiatiques, cinéma et vidéo entend travailler en 2024-2025: comment faire atterrir notre cinéma sur les écrans estriens? Au-delà des collaborations qui marchent déjà bien (les programmes régionaux du Festival du cinéma du monde de Sherbrooke, les courts métrages projetés au Festival du Film de Knowlton, l’accueil fait par la Maison du cinéma aux projections occasionnelles, la présentation Des hommes, la nuit d’Anh Minh Truong en ouverture du FCMS à la Maison du cinéma, puis récemment au Cinéma Coaticook), quelles sont les prochaines démarches à entreprendre?
Je lance quelques idées :
→ Créer une programmation 100 % estrienne à faire tourner sur grand écran
→ Nouer des partenariats avec les ciné-clubs en périphérie et les cinémas centraux
→ Continuer à développer des programmations avec nos festivals estriens
→ Exporter notre cinéma dans les principaux festivals de cinéma du Québec
→ Développer des liens avec Pleins Écrans
→ Entreprendre le développement d’un réseau au sein des institutions scolaires : Université de Sherbrooke et Université Bishop’s, les Cégeps, les écoles secondaires, etc.
Il y a beaucoup de place à prendre au niveau du cinéma estrien, prenons-là!
Au plaisir de nous retrouver en face d’un écran de cinéma, pour voir et rêver l’Estrie ensemble.

