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Comment l’intelligence artificielle s’intègre aux pratiques artistiques à travers le KIKK Festival

Et si l’intelligence artificielle (IA) n’était pas au centre des pratiques créatives… mais simplement à leur service?

Au KIKK Festival, ce qui frappe, c’est la manière dont la technologie est mobilisée au cœur des démarches artistiques.

Présent sur place, Guillaume Bouchard, agent de développement numérique au Conseil de la culture de l’Estrie, a plongé dans cet écosystème foisonnant. De cette immersion ressort une lecture nuancée et profondément actuelle des rapports entre création et intelligence artificielle.

Un regard qui invite à déplacer la question : non pas ce que l’IA fait aux arts, mais ce que les artistes choisissent d’en faire.

Ce que retient Guillaume de son passage au KIKK Festival

Au retour du KIKK Festival, à Namur, un élément s’impose : l’intelligence artificielle n’y occupait pas l’espace principal. L’événement est d’abord et avant tout un festival d’art numérique. L’IA n’est ni la vedette ni le sujet central. Elle est présente, intégrée, parfois discrète, mais rarement mise en scène comme une finalité en soi et encore moins comme un artiste.

L’IA comme levier, pas comme vitrine

Que ce soit dans les conférences, les kiosques du marché, les œuvres présentées ou les discussions informelles entre participants, l’IA apparaît avant tout comme un levier. Un outil parmi d’autres, mobilisé lorsqu’il fait sens, au service de l’artiste, d’un processus de création ou d’une intention claire.

On est loin des discours polarisés. À Namur, l’approche est résolument pragmatique et ouverte : on parle de ce qu’il est possible de faire, sans chercher à imposer une posture idéologique. Les conférences et les échanges présentent des faits, des usages, des expérimentations. On y montre des œuvres, des outils de soutien à la conception, des approches pédagogiques permettant d’acquérir de nouvelles compétences. L’IA est abordée comme un champ de possibles, pas comme une menace ni comme une solution miracle. Cette vision est partagée par le Conseil de la culture de l’Estrie dans son approche formative du secteur; les formations IA en sont la preuve de notre engagement – nous présentons des outils et des pistes d’usages.

Soutenir l’artiste, sans effacer le geste

Dans les projets observés, l’IA joue des rôles variés. Elle peut agir comme médium, comme outil invisible ou comme partenaire d’interaction avec le public. Mais un élément demeure : elle sert à soutenir l’artiste.

Qu’il s’agisse d’aider à mieux coder, de faciliter certaines étapes de conception ou de permettre une interaction plus riche avec les visiteurs, l’IA s’inscrit dans une logique d’accompagnement du processus artistique. Elle n’en prend pas la place. Elle n’en devient pas l’autrice. Elle agit en appui, en augmentation, jamais en remplacement.

Cette approche rejoint profondément la vision que nous portons au Conseil: l’IA peut soutenir la création, enrichir les pratiques et ouvrir de nouveaux espaces d’exploration, à condition de respecter le rôle central de l’artiste, son intention et son processus.

Ne plus suivre la technologie, mais travailler avec elle

Dire que « l’enjeu n’est plus de suivre la technologie » ne signifie pas qu’il faille l’ignorer ou la freiner. La machine est déjà partie. L’IA va continuer d’apprendre, de se transformer et de maturer.

La véritable question devient alors : comment travaillons-nous avec elle? Comment pouvons-nous nous en servir sans nous éloigner de qui nous sommes, de nos valeurs, de nos manières de créer? Comment intégrer ces outils tout en demeurant fidèles à nos processus artistiques et à notre rapport au sens, au temps et au geste?

Structurer les espaces de réflexion et d’apprentissage

Si l’on regarde maintenant notre propre contexte, la question n’est pas tant celle des outils disponibles que celle des espaces pour les comprendre, les expérimenter et les encadrer. Il existe un besoin clair de temps, de cadres et de formations pour permettre au milieu culturel de s’approprier ces technologies de façon éclairée.

Des initiatives comme le travail du Réseau des agents de développement numérique (RADN) – qui développe actuellement un modèle de politique IA destiné au secteur culturel – vont dans ce sens. Une formation sera d’ailleurs offerte en Estrie au cours de l’année 2026. En parallèle, l’augmentation des formations pratiques et réflexives demeure essentielle : comment utiliser l’IA dans une œuvre, comment l’expérimenter, quels outils privilégier, dans quels contextes?

Ces questions, nous travaillons déjà à y répondre.

Vers une IA culturelle, ancrée et assumée

Ce que Namur nous rappelle, c’est que le futur des arts ne se joue pas dans une course à la technologie, mais dans notre capacité à l’inscrire dans une vision culturelle claire. Une vision où l’éthique n’est pas un frein, mais une condition de création. Où l’innovation ne remplace pas l’humain, mais le nourrit.

C’est dans cet espace de réflexion, d’expérimentation et de transmission que le milieu culturel québécois peut non seulement suivre le mouvement, mais contribuer activement à le définir.

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